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30 Millions d'amis
Novembre 2001

Les apprentis de la mer  

Chaque année, une quinzaine d'adolescents prennent le large vers des contrées lointaines à bord des voiliers de la Baleine Blanche. Tour à tour, marins, naturalistes, reporters… ils découvrent neuf mois durant la nature et les hommes qui les entourent.

Dans l'océan, les baleines blanches, représentées par le béluga et le narval, au physique incongru, sont rares, presque mythiques. C'est également le cas de l'association du même nom, qui poursuit un objectif suffisamment exceptionnel pour être signalé : l'éducation par la mer et le voyage, grâce à des expéditions au long cours.

Renouant avec la tradition des grands navigateurs du XVIIIe siècle, dans un esprit de curiosité naturaliste et humaniste, douze à quinze enfants âgés de 11 à 15 ans embarquent chaque année, à l'automne, sur deux voiliers d'une douzaine de mètres. Pendant neuf mois, ils se font tour à tour marins, naturalistes, explorateurs ou reporters en herbe.

Créée en 1983, La Baleine Blanche vise à faire découvrir le monde, ses hommes, sa faune, ses déséquilibres…à des adolescents. Agréée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports et forte de dix-sept ans d'expérience, l'association a mené à bien seize expéditions, dont sept outre Atlantique. Saint Domingue, Haïti, Cuba, Brésil, Afrique de l'Ouest, Méditerranée et mer Rouge furent les principales destinations, avec un projet pédagogique défini à chaque fois.

Durant l'expédition 1999-2000, les oiseaux migrateurs constituaient ainsi le fil conducteur du voyage, qui a entraîné les " baleineaux "participants en Tunisie, en Égypte, au Soudan, au Liban et en Grèce. Une expérience relatée sous forme de conte dans le huitième ouvrage de l'association.

Tout près de l'œil de la baleine

Deux sites naturels privilégiés étaient la cible de la dernière expédition : la Gambie et la République dominicaine. Parmi les objectifs, l'observation des oiseaux, des hippopotames… et surtout des baleines à bosse (aussi appelée jubarte ou mégaptère). Le récif corallien du Banc d'Argent, au large de la République dominicaine, est en effet un sanctuaire pour la reproduction de ce cétacé, et un haut lieu de " whale watching " (observation touristique des baleines).
Pendant trois semaines, les jeunes voyageurs se sont improvisés cétologues en s'associant au travail mené par les scientifiques. " La première apparition de jubarte reste mon plus grand souvenir naturaliste, affirme sans hésiter Noémie Lebastard, 16 ans. Notre première nage à ses côtés fut un moment magique. Je n'étais pas très loin de sa tête et j'étais fascinée par son œil énorme ! Son baleineau nageait de l'autre côté…"

Les données recueillies viendront grossir les statistiques qui permettent de mieux comprendre ces mammifères marins. Un travail qui sensibilise en outre les adolescents aux problèmes de gestion des milieux naturels. Lors de leurs plongées, les jeunes " reporters " se sont également penchés sur les dangers qui menacent les récifs de corail.

" J'en rêvais depuis l'âge de 8 ans… "

Sur les voiliers, les tâches sont bien réparties : Noémie est préposée aux photographies avec deux autres apprenties, un binôme se charge des vidéos, certains remplissent les fiches d'identification… Les travaux ménagers font quant à eux l'objet d'un roulement ! " Les règles sont établies clairement avant le départ : une nécessité pour que la vie en communauté soit supportable, qui plus est dans la promiscuité ", confie Noémie, qui, deux mois après son retour, peine à évoquer de mauvais souvenirs. " Nous avons parfois été bloqués dans un port plusieurs jours, nous avons essuyé un gros orage et avons eu du mal à passer le détroit de Gibraltar. Mais ces quelques soucis logistiques mineurs me paraissent sans importance avec le recul… "

C'est l'envie de comprendre comment les gens vivent en dehors de l'Europe qui a poussé Noémie à partir avec la Baleine Blanche. " J'ai eu vent de cette association vers l'âge de huit ans et cela me faisait déjà rêver. Puis j'ai retrouvé un stand de la Baleine Blanche lors d'un forum, il y a deux ans et je me suis décidée. La vie en groupe m'attirait et les baleines me fascinaient. "

" On revient plus mûrs, plus ouverts… "

Comme tous les autres participants, elle n'effectue que trois semaines de scolarité, en 2000, avant de larguer les amarres à Marseille. À bord, l'observation et l'expression sous toutes ses formes, écrit, photo, dessin, vidéo, techniques de navigation…, compensent l'absence de scolarité classique. " L'apprentissage est différent, mais tout aussi enrichissant. On revient plus mûrs, plus autonomes et plus ouverts, avec des notions géographiques bien plus concrètes que celles enseignées dans n'importe quel manuel scolaire ! Certains sautent une classe au retour, moi j'ai décidé de faire ma seconde. "

Quatre adultes dont des professionnels de la mer et de l'éducation, durant laquelle interviennent également écrivains, journalistes, scientifiques, plongeurs, informaticiens… Une collaboration étroite est par ailleurs engagée avec des collèges et des lycées, en France comme sur les lieux d'escale, qui donnent lieu par la suite à des conférences, des expositions, des vidéos, etc.
Pendant neuf mois, les marins reporters ne peuvent communiquer avec leurs familles et leurs amis que par lettres, expédiées en poste restante, ou par quelques e.mails. " Certains ont plus le blues que d'autres. Moi, je n'ai pas trop souffert du mal du pays. À la veille de la rentrée, j'avais encore du mal à atterrir ! ".

Bien sûr des liens se tissent au fil des jours. Les rares tensions ont donné à chacun l'occasion de se dépasser, de s'affirmer. Au retour, libre aux " baleineaux " de poursuivre les travaux entamés sur le bateau : " Nous nous sommes revus une semaine cet été pour entamer la rédaction d'un livre sur la Gambie avec des " anciens " d'expéditions précédentes. On ne fait que remettre en forme ce qui a été appris à bord. En fait, on prolonge notre voyage … "

Joviale et posée, Noémie semble comme un poisson dans l'eau, et caresse plus que jamais le projet de devenir reporter … dès qu'elle aura de nouveaux les pieds sur terre !

Catherine Levesque

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