Avant de quitter la Tunisie pour l'Egypte. Annabelle nous donne des nouvelles sur le déroulement de son voyage. Un séjour sur les îles Kerkennah et la rencontre avec une institutrice .
Je prends la barre d'Iluna et lentement, en slalomant entre les balises, nous sui vons le chenal pour entrer dans le port d'EI Attaya, dans les îles Kerkennah. Cet archipel, de 50 km de long et 8 de large, est un plat pays, son point culminant n'excède pas 5 mètres. Selon Driss, un pêcheur, 80% des hommes ici pratiquent la pêche, professionnellement ou pour le loisir. Sur le port où sont amarrés Salam et lluna, filets, pots en argile entassés et carcasses de barques colorées forment le décor. Pendant notre séjour de dix jours ici, certains "baleineaux" porteront leur intérêt sur la pêche principalement.
El Attaya, le village.
Le chemin caillouteux et sablonneux que nous empruntons pour rejoindre le village, à 1 km 500, traverse un désert de poussière et de sable, par semé de-ci delà de palmiers.
Parfois, un mouton ou une poule s'arrête, trave/se puis poursuit son chemin. À l'entrée du village, j'aperçois enfin le "clocher" de la mosquée, comme j'ai pris la mauvaise habitude de l'appeler, "c'est le minaret, Annabelle!" Un petit groupe de femmes répare des filets, assises sur le seuil de leur maison. Les habitations, depuis quelques années, sont faites en briques, elles n'ont pas de toit, ce qui permet de récupérer l'eau de pluie. Le revêtement n'a pas toujours été fait, ce qui donne l'impression qu'elles sont en chantier.
L'école
"Bonjour Madame!" Une petite fille me dépasse en courant. Il est presque 8 heures. Avec sa blouse rose et son sac Barbie sur les épaules, elle rejoint ses camarades à l'entrée de l'école. Typhaine, Marion et moi avons aussi notre sac à dos, une caméra et un appareil photo. Aujourd'hui, nous allons retrouver la cour de récré et les salles de classe. Je pousse le portail en fer. Les élèves sont déjà en rang. Une file rosé pour les filles et une bleue pour les gars.
Au signal du directeur, les élèves se mettent à chanter. Je ne comprends pas les paroles, mais je trouve ça très beau de les voir chanter, les yeux rivés sur le drapeau de leur pays qui s'élève. Puis, nous entrons en classe de cinquième année (12/13 ans). "Monsieur et madame Dupré jouent à l'or dinateur". "Le chat saute sur la souris".Le cours de français est tellement passionnant que je manque de m'endormir.
8 heures 30... 10 heures 25... 11 heures... Midi sonne enfin. Nous pouvons discuter avec l'institutrice; ce qui est notre principal objectif.
L'institutrice
Nos échanges sont facilités par son aptitude à parler français. Leïla vit avec ses deux enfants (13 et 14 ans). Elle est née en 1954, à El Attaya, dans sa maison. Elle s'est mariée en 1987. Son mari est agriculteur sur le continent, à trente kilomètres de Sfax. Son métier d'institutrice occupe beaucoup de son temps, mais elle y prend du plaisir. Elle aurait préféré être professeur, mais étant l'aînée d'une famille de 9 enfants, elle a dû arrêter ses études pour subvenir le plus rapidement possible aux besoins de sa famille.
Nous enchaînons avec des sujets délicats tels que l'avortement (elle est contre: "Un enfant a le droit de vivre."), le divorce (elle est contre : "Même s'ils ne s'aiment plus, un homme et une femme doi vent se forcer à rester ensemble, pour leurs enfants. Je pense que l'on peut faire toute une vie avec la même personne"), la poly gamie (elle n'y est pas opposée: "C'est écrit dans le coran qu'un homme pouvait avoir quatre femmes")
"Mais si un homme peut avoir quatre femmes, pourquoi une femme ne peut-elle pas avoir quatre hommes ?" Elle me regarde avec étonnement, comme si ma question était insensée, et répond en riant: "Ça te plairait toi, d'avoir quatre hommes ? C'est tout simplement pour ça !"
Avant de regagner la porte, elle a tenu à nous offrir de l'huile qu'elle-même a pressée, ainsi que quatre belles grenades de son jardin. |
Réflexion personnelle
II est 19 heures, il fait nuit depuis déjà deux heures. Dans l'obscurité, nous reprenons le chemin rocailleux qui nous mène au port. Typhaine me fait part de ses impressions. Elle est très touchée par la différen ce des modes de vie, par les contrastes créés par la religion et l'Histoire. C'est vrai que, moi aussi, depuis que je suis ici, j'ai une perception totalement différente de l'Islam et des femmes arabes. Dans ce village, il y a peu de structures proposant des activités de détente et de loisirs ; on en vient même à se demander s'ils ne s'ennuient pas. Moins de possibilités quant aux transports, ravitaillement alimentaire et vestimentaire, et même en ce qui concerne la presse ! Je suis amenée à penser qu'ils vivent quelque peu en autarcie. Je m'interroge. Dans quelles mesures pourrais-je suivre un tel mode de vie, moi qui connais de par ma culture d'autres besoins ? Mais n'est-ce pas se compliquer la vie que de consommer des choses qui sont censées nous faciliter la vie que de vivre plus sereine-ment avec l'essentiel ?
Le quotidien
Jeudi, 16h30. Je devrais être en... Musique. Mais au lieu de ça, je me retrouve à des centaines de milles des côtes françaises, à 2500 kilomètres de Loudéac, sur une petite île tunisienne au beau milieu de la Méditerranée. Ça fait 55 jours que je suis dans l'aventure Baleine Blanche, 55 jours que le quotidien "p'tit dèj, collège, dodo" a laissé sa place à "toilettage, reportage, bricolage, nage, bagages, voyage, et enfin sac de couchage". Tout ça pour dire que les activités sont variées et que nous ne chômons pas, à la Baleine. Particulièrement en ce moment, car nous réalisons les Embruns, le journal men suel de l'expédition. Entre l'écriture des textes, la réali sation des dessins, la prise de photos, la mise en page, le choix des textes... nos journées sont bien remplies. Ce qui n'est pas pour me déplai re: ainsi, j'évite la nostalgie de ma famille et amis. Nous avons reçu du courrier, il y a quelques jours. Chaque balei neau s'est isolé pour lire. "Ce sont souvent des instants de réflexion" nous avait pré venu Richard, un de nos skipeurs. Ça fait du bien de recevoir des nouvelles de France, de Bretagne, de Loudéac et de toute ma famille.
Demain, ma journée est bien remplie : à 8h00, après le petit déjeuner, je vais faire les légendes des photos pour les Embruns. Ensuite, je compte établir une grille de questions pour Souad, une couturière, de façon à dresser un portrait intéressant d'elle. J'espère aussi pouvoir faire ma lessive (je ne sais pas où car le quai est noir d'encre de poulpe!). D'ici là, il sera sans doute midi. Ensuite, je suis invitée chez Souad, pour visiter son atelier et passer une soirée du Ramadan avec elle. Je profi terai de cette occasion pour lui poser mes questions et pour prendre quelques images. Ma responsabilité pour le moment étant l'an nexe, il faut aussi que je trou ve le moment pour faire le mélange d'essence, pour le groupe qui part en observa tion animalière. Voilà comment j'organise ma journée.
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