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Juillet-Août 2003

Nina, une aventurière toutes voiles dehors

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, tel pourrait être le sentiment laissé par cette formidable aventure de la Baleine Blanche. dans le cour de Nina, élève de 4 e au collège de Forcalquier.

Cette 17e expédition offre à 16 jeunes gens la possibilité de prendre le large sur deux voiliers, avec une mission d'éducation à l'environnement et de respect des droits de l'enfant, mettant en valeur les notions de citoyenneté et d'ouverture sur le monde. Nina, quant à elle, nous explique son départ : « (...) avant tout pour vivre une aventure humaine à travers une équipe, une expérience collective qui permet d'apprendre à se responsabiliser sans les parents. » 9 mois de voyage pour « oublier » ses routines et se lancer dans la découverte de nouveaux horizons, de Martigues vers la Corse, puis la Sardaigne, la Tunisie, la Crête, l'Égypte et la Turquie, chaque escale reste marquée dans la mémoire de nos jeunes aventuriers par un souvenir différent. À travers ce long périple se hisse la voile d'un rêve qui devient réalité. Portés par les vents, nos apprentis navigateurs s'imprègnent peu à peu des parfums de la liberté. Fièrement skippé par Richard, Tom, Marc et Didier, l'équipage embarque sur deux navires, Salam et Iluna, en direction d'un nouveau monde.

Un anniversaire fêté pendant le voyage

Bien évidemment la majorité des participants montre un grand enthousiasme à la manouvre, mais cette « expé » pousse également nos jeunes adolescents vers des moments de blues, nostalgie ou coup de pompe. L'aventure c'est aussi aller au plus profond de soi-même et accepter ces baisses de moral ressenties avec l'éloignement familial et les nombreux courriers reçus qui accentuent « cette envie de ne plus être là  !». « Heureusement, nous confie Nina, quand on est dans l'action, ça va toujours mieux. Et si parfois on s'engueule entre nous, l'état de crise est passager. » En quelque sorte, nos baleineaux et baleinettes (c'est comme ça qu'ils sont baptisés) chassent le mal du pays avec de grandes vagues d'humour. Voici quelques expressions nées pendant la traversée, véritables rayons de soleil dans l'esprit de ces jeunes adolescents (entre 12 et 16 ans) : « Vas-y, tu cherches un problème, c'est à moi que tu m'exprimes ! » (Nina) « Ben alors, on m'avait dupé, c'est pas du Nesquick ! » (Ken) etc. La Baleine Blanche, c'est aussi une appendicite en Égypte (Henri) et un anniversaire en entrant à Port-Saïd pour Nina qui fête ses 14 ans le 1 er janvier 2003. Nouvelle année et nouvelle étape d'un voyage où chacun navigue entre rêve et réalité. « 3 mois en Égypte, il est temps de baisser les voiles. »

Tour à tour, reporters, naturalistes, marins, nos baleineaux arrivent sur les rives du fleuve sacré : le Nil, berceau de la civilisation égyptienne. Nina évoque son séjour fascinant sur la terre des pharaons et se plaît à nous parler de la vie à l'intérieur de Fayoum, plus grande oasis d'Égypte. Le contact avec les autochtones reste très souple car les baleineaux apprennent l'arabe pendant leur séjour. Nina se souvient également d'un thé préparé avec l'eau du Nil, tout un symbole qui amplifie la chaleur de l'accueil réservé à des étrangers. Notre jeune baleinette plonge dans les mours de Fayoum et nous explique l'importance du premier enfant pour ce peuple fortement enraciné dans des traditions séculaires. « Quand les femmes accouchent d'un premier garçon, elles changent de nom et se font appeler par le prénom de leur enfant, par exemple : « mère de Ahmed ». Elle cite le cas d'Evelyne, potière à Tounès, que les gens appellent « Om Angelo », la mère d'Angelo, prénom de son premier fils. Le Fayoum, endroit de rencontres et de nouvelles connaissances, amènera Magali (fresquiste d'origine niçoise) vers les baleineaux. C'est le coup de foudre, notre jeune artiste finira le voyage avec le groupe et envisage de participer à la prochaine expédition.

Un voyage placé sous le thème de la femme

Éveil d'un regard intérieur pour des adolescents en quête de vérité, un autre regard sur un monde oriental avec ses coutumes dont certaines dérangent notre vision occidentale, le mot clef du périple émerge de la source : la femme. Nina parle de son intérêt pour les femmes africaines avec une étonnante maturité, elle ouvre la parenthèse sur un débat de fond : l'excision et pourquoi certains peuples perpétuent cette coutume. Les baleineaux croisent le chemin du docteur Boutros et du cinéaste Viola Shafik, en route vers une prise de conscience d'un phénomène culturelle, sur ces « femmes blessées ». Il est temps de lever le voile et d'ouvrir les yeux sur d'autres horizons, Nina découvre du haut de ses 14 ans, l'impact d'une coutume ancestrale très proche du rituel. Les jeunes observateurs se transforment en reporters, témoins d'une autre conception de l'amour. Apprendre et comprendre, accepter la différence, pas l'indifférence.

Le retour au pays, le cour gros et la tête pleine de moments intenses

Nous avons rencontré Nina 3 jours après son retour, sa disponibilité était surprenante après son aventure de 9 mois loin de la cité des Quatre Reines. Elle nous reçoit « à la maison » autour d'une table pour nous livrer à chaud ses impressions, ses émotions et surtout son envie de partager les grands moments du voyage. « La Baleine Blanche ne s'arrête pas là, nous confie-t-elle. On a le projet de sortir un livre pour les vacances de Noël, une sorte de carnet de bord retraçant notre itinéraire et nos aventures. Il sera vendu au cours d'expos organisées par la Baleine Blanche avec des objets faits à partir de collectes qui racontent l'expédition vécue par chacun d'entre nous. «  Certains anciens baleineaux ont même présenté un diaporama dans leur région d'origine, pour faire connaître l'association. Nina avoue avoir « zappé » la 4 e mais se sent prête à rattraper les cours cet été. Gageons que l'histoire et la géographie seront un plus pour notre baleinette qui se sent bien entendu prête à. repartir ! Comme la célèbre Alexandra David-Neel, Nina a traversé les barrières et garde au plus profond d'elle-même l'image d'un monde sans frontières. Puisse le rêve rejoindre un jour la réalité.

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