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23 aout 2003

La belle odyssée d'Annabelle

A 15 ans, Annabelle Le Sauce, de Saint-Gonnery, va embarquer pour une sacrée aventure. Pendant neuf mois, elle va bourlinguer à travers le monde avec des escales en Turquie, en Egypte, au Soudan...

Depuis deux semaines, Annabelle Le Sauce est devenue une baleinette. Cela ne la contrarie pas, bien au contraire. Elle "nage" dans le bonheur. En effet, cela signi fie en décodé pour les non initiés qu'elle va partir en voyage avec l'association "La Baleine Blanche". Depuis sa création en 1983, cette association loi 1901 organise chaque année une expédition maritime au long cours. "Le but de cette aventure humaine exception nelle est de développer le regard des enfants, leur compréhension du monde. Nous voulons permettre à des enfants de découvrir leur planète pour pouvoir ensuite en témoigner", explique Didier Cottet, le responsable des expéditions.
Dans ce cadre, ia première traversée de l'Atlantique effectuée par des équipages d'enfants a été réalisée en 1985 par de jeunes baleineaux. En 1998-99, à l'occasion de l'anni versaire de l'abolition de l'esclavage, les enfants ont travaillé avec des écoles de France, du Sénégal et des Caraïbes, les trois maillons du triangle de l'esclavage.
Dans les statuts de l'association, il est précisé qu'elle se préoccupe des questions liées aux droits des enfants et à l'éducation d'une part, et à l'écologie d'autre part. Pour les participants, cela s'apparente donc à l'école de la vie.

"Pas des vacances"

Originaire de Saint-Gonnery, Annabelle Le Sauce va participer à l'expédition intitulée "Les Orientales". C'est un concours de circonstances qui a fait qu'Annabelle a entendu parler de l'association : "j'ai entendu parler d'une fille qui était partie en Afrique. Cela m'a donné envie de faire pareil."
L'expédition qui emmènera Annabelle jusqu'au Soudan commencera le 15 octobre pro chain pour se terminer le 23 juin 2003.Neuf mois entre terres et mers. Neuf mois loin de la famille, cela peut sembler difficile pour une jeune fille de 15 ans. Annabelle en est bien consciente: "ma famille va beaucoup me manquer. Je sais que je vais avoir des coups de cafard. Par exemple, passer Noël en Egypte, à des milliers de kilomètres de ma famille, ça va être dur. Mais dans ces moments-là, je penserai à ceux qui ne partent pas, je leur ai pris leur place."
Ils étaient nombreux, en effet, sur la ligne de départ, motivés pour participer à cette odyssée. Deux stages de sélection plus tard, ils ne sont plus que quinze, six gars et neuf filles, âgés de douze ans et demi à seize ans, à être retenu pour le beau voyage.
Le premier stage de sélection a eu lieu à Pâques sur l'île de Hoëdic: "c'était un stage de voile et surtout de rencontre avec les autres. Ils voulaient évaluer notre sociabilité, notre motivation. Certains enfants se disaient : on va partir un an en vacances. Ils voulaient fuir l'école. Mais ils ont été éliminés. Cela ne va pas être des vacances. On va travailler: on va devoir faire la cuisine, laver le linge, faire des gardes la nuit sur le bateau à tour de rôle..."
Le second stage s'est dérou lé début août à Camurac dans les Pyrénées. La résistance physique des jeunes volontaires a été mise à rude épreuve: "on a souvent fait des randonnées de trente kilomètres. Ils ont voulu nous pousser à bout pour voir nos réactions." Un autre paramètre a guidé le choix des responsables du stage : "ils vou laient un équipage complémentaire. Certains sont des bolides, d'autres sont plus calmes." Dans une telle expédition, mieux vaut en effet pouvoir compter sur une symbiose entre tous les membres de l'équipage, une synergie des forces.
A l'issue de ce casting impitoyable, Annabelle a donc appris avec joie qu'elle faisait partie des quinze heureux élus, jugés aptes physiquement et psychologiquement. En route pour l'aventure !

Un équipage...

Annabelle attend maintenant avec impatience le jour J, celui du grand départ de l'expédition "Les Orientales". Le descriptif est alléchant: "quinzeenfants, tour à tour marins, naturalistes, reporters, prennent le large pour rejoindre le Soudan, 7000 milles nautiques sur deux voiliers à la découverte du monde."
Deux bateaux s'élanceront donc à l'assaut de la Méditerranée le 15 octobre. Il y aura sept "moussaillons" dans l'un des bateaux, huit dans l'autre. Pour compléter l'équipage, il y aura un skipper et un accompagnateur par bateau. D'autres adultes viendront rejoindre la joyeuse troupe ça et là: un naturaliste, un moniteur de plongée, un professeur de théâtre, un professeur de français...

une équipe...

Les deux stages de sélection ont l'avantage d'avoir déjà tissé des liens entre tous les jeunes participants: "nous formons déjà une équipe soudée." Mais attention, cela ne doit pas aller trop loin tout de même! "Nous n'avons pas le droit de lier trop d'affinités avec une personne en particulier. Si c'était le cas, ils nous sépareraient et nous mettraient chacun dans un bateau différent."
C
ela n'a donc rien à voir avec Loft Story... si ce n'est que les jeunes seront filmés dans leurs péripéties. Ils devront en effet faire un reportage sur leurs aventures: "France 3 veut réaliser quatre films de 26 minutes sur notre expédition. Laurent Billard, un réalisateur, nous rejoindra quelques jours pour nous donner des conseils, mais on devra faire le film nous-mêmes."

Les jeunes marins-reporters devront aussi réaliser régulièrement une revue de 16 pages "Les embruns". Comme l'explique Blandine Le Sauce, la maman d'Annabelle: "c'est hyper important pour les familles, ça nous donnera des nouvelles. Mais cela ne la dispensera pas de nous écrire !" Ajoutez à cela la créa tion d'un roman-photos et voilà qui devrait ravir Annabelle, qui veut devenir journaliste. Cette année lui procurera donc une excellente formation, avec le plaisir du voyage en prime.
L'expression théâtrale constituera également un pilier important de l'expédition. Tout comme l'étude de la vie des femmes dans les pays visités. Les enfants devront ensuite retranscrire leurs découvertes, chacun à leur manière: "chacun aura son moyen de communication, que ce soit la vidéo, le son, l'écriture, le dessin ou la photo. Pour moi, ce sera l'écriture."
Avant de partir, c'est le passage au Soudan qu'Annabelle attend avec le plus d'impatience. D'autres rêvent unique ment de caresser les dauphins, pas elle: "nous allons vivre avec une famille soudanaise, découvrir la pauvreté et un mode de vie complètement différent du notre. Des amitiés vont se nouer sur place."
Annabelle sait que cela va parfois être très difficile: "des jeunes mamans vont venir me voir avec leurs enfants et me demander d'emmener leurs enfants en France." Voir la misère du monde permet ensuite de relativiser certains petits problèmes et de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de questions importantes comme celle de l'immigration...
C'est donc une expérience unique que va vivre Annabelle. Ses parents le savent bien: "nous sommes contents qu'elle le fasse mais nous serons très heureux quand elle reviendra. On sait qu'on peut lui donner notre confiance. Cela a fait un petit peu drôle au départ de penser qu'elle serait absente si longtemps. Mais ça a eu le temps de mûrir. Et puis, on a rencontré d'autres parents, des enfants qui l'avaient déjà fait. Cela nous a rassuré."
Cela va être d'autant plus difficile pour Annabelle et sa famille qu'elle n'est jamais partie en colonie de vacances. Elle a bien essayé une fois mais cela s'est terminé avec des points de suture suite à un coup de club de golf reçu dès le premier jour !

et un équipement.

Pour l'instant, Annabelle et ses parents dévalisent les bou tiques pour préparer la valise : "nous sommes des gens de la terre. On doit donc acheter tout un équipement de plongée et des habits adaptés à la mer." Annabelle doit aussi se faire vacciner contre certaines maladies comme la fièvre jaune.
Annabelle va ensuite devoir préparer son paquetage. La tâche lui est cependant simplifiée: l'association fournit une liste limitative d'objets à emporter. "On a le droit d'emmener des livres, des cassettes, un instrument de musique, pour ma part ma flûte traversière, et un nou-nours peu encombrant!" Tout en sachant qu'au retour, avec les cadeaux faits aux autres membres de l'équipage et le troc avec tes enfants dans les pays visités, la valise sera complètement différente.
Cette belle odyssée a bien sûr un coût très élevé: 18300 euros pour l'année. 6500 euros sont à la charge des parents, qui recherchent donc des sponsors pour les aider: "quelquefois, des entreprises ont des coups de coeur. Un parrain reçoit des nouvelles. Quelque part, ça fait voyager." Les personnes intéressées par le projet d'Annabelle et souhaitant l'aider peuvent contacter la famil le au 0297384322.

Retour sur terre

Le plus dur dans ce genre d'aventures, c'est finalement quand ça se termine. Le retour sur terre est parfois difficile et les apprentissages scolaires peuvent sembler bien dérisoires comparés aux merveilles du monde.
Après cette expérience unique, Annabelle, ancienne élève de l'école Ste-Anne à Loudéac et du collège St-Joseph, commencera son lycée à la rentrée 2003. Avec énormément de souvenirs en tête et avec le sentiment d'appartenir à une grande famille, celle des beaux Baleineaux et des chouettes Baleinettes.

Laurent Guenneugues

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