Alors que nous nous apprêtons à passer Noël en famille, au pied de la cheminée ou du sapin, Lucille Daunay, 15 ans, célé brera la fête de la Nativité, loin des siens, en pays musulman. En compagnie de quatorze autres « Baleineaux », l'adolescen te merdrignacienne vogue actuellement quelque part en mer rouge entre Egypte et Soudan, à bord d'un voilier, affrété pour neuf mois par l'association « La Baleine Blanche ».
Une aventure humaine, hors du commun. Carnet de voyage.
La baleine blanche est une as sociation créée il y a 20 ans. Je l'ai découverte il y a quelques mois et après plusieurs stages de sélection, j'ai été retenue pour l'expédition " les Arabelles ". Je suis donc partie pour neuf mois, avec quinze enfants (baleineaux) vers l'Egypte, le Soudan et la Libye. Pour découvrir la vie des femmes, la faune, la flore et les pêcheurs de ces pays, j'ai largué les amarres de France le 20 Oc tobre direction : l'Egypte.
A bord de lluna, un voilier de treize mètres soixante-dix, je tra verse la méditerranée en compa gnie de deux adultes et sept baleineaux. En quatorze jours et quatorze nuits, mille miles marins ont été avalés de Marseille à Port-Saïd. Portée par le vent, poussée par les vagues, je suis vite arrivée à Lipari, en mer Tyrrhénienne. La pente des volcans descend à pic dans la mer. Sur le bateau, le sondeur nous indique soixante-dix mètres de profon deur à proximité de la rive.
Des petites fumerolles s'échappent de la montagne, comme pour nous rappeler que le volcan n'est pas tout à fait éteint. Le paysage paraît grillé par le soleil, des cactus plein de fruits bordent la route, des buissons épineux poussent n'importe où. Les barques colorées, les épiceries pleines de tomates séchées, je vais de curiosité en découverte dans ce petit îlot volcanique.
Un rythme éprouvant
Les quelques jours d'escale sont l'occasion de faire un net toyage du bateau et surtout de se reposer. En effet, le rythme en mer est éprouvant : nous barrons une heure et demie sous les étoiles, un peu la journée, dormons quand nous le pouvons. Notre vie à bord est rythmée par les manouvres de voiles, les his ser, les affaler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.Nous ne vivons pas en fonction du soleil mais du bateau.
J'ai passé le détroit de Messine (entre la Sicile et l'Italie) de nuit. Les bateaux étaient nombreux. -Durant plusieurs heures nous n'avons pas quitté des yeux leurs feux de position rouges et verts afin d'éviter toute collision. Après plusieurs jours de navi gation autour des îles éoliennes, nous avons enfin retrouvé la plei ne mer et vogué vers la Grèce. Pylos, dans le Péloponnèse, est une ville de maisons blanches, typiquement méditerranéennes. Dans les petites rues escarpées qui partent de la place centrale, on trouve des oranges, citrons et grenades à portée de la main.
«Nourritures-terrestres»
Lors du ravitaillement, nous avons rencontré un petit problème : une nouvelle langue et un nouvel alphabet.
Sur le bateau, les escales sont le seul moyen de faire le plein de nourriture, d'eau et de carburant. Les premières heures sont donc consacrées uniquement à ces occupations.
L'escale à Khania, quelques jours plus tard, devait être de courte durée, elle s'est un peu prolongée. Une tempête a éclaté et même au port, le bateau a souffert : plusieurs amarres ont lâché, des parbatages ont éclaté...
Des cabines du bateau, nous apercevions la digue avec le vieux phare, submergé par les vagues, l'eau qui rentrait dans les rues de la ville, ramenant déchets et algues.Pendant trois jours, soixante jçeuds de vent et une pluie battante ont secoué le bateau dans tous les sens.
Lorsque nous sommes partis, nous avons subi la queue de la tempête et avons parcouru les cinq cents miles de Khania/Port-Saïd en seulement trois jours. Une eau verdâtre nous accueille dans le delta du Nil. Autour de l'entrée du canal de Suez, délimité par des bouées, une ribambelle de cargos sont en attente. Pour arriver jusqu'au port, nous louvoyons entre ces énormes ba teaux. |
Parfums de souk
Tous sur le pont, nous admirons les premiers minarets, qui se dessinent à l'horizon.
L'Egypte, enfin!
Je me rends au marché pour ravitailler le bateau, il est 16HOO. Je pose le pied sur la route, une voiture me frôle en klaxonnant ; ça va être dur de traverser.
Je me dépêche, bientôt, c'est la rupture du jeun (NDLR c'est la pé riode du ramadan) et les rues vont se vider. Le souk s'étale sur deux rues devant moi. Des poulets, des fruits, des légumes, des oufs, des ânes... je peux tout acheter ici. Un vendeur me propose des poissons minuscules cachés sous les mouches... non merci. Mes quelques mots d'arabes sont ici très pratiques : " wahed kilos " le marchand me comprend et me voilà avec 1 kilo de citron en main. Tiens, des pou lets vivants entassés dans de minuscules cages.J'observe intriguée : le vendeur (es présente à une fem qui sous son voile, dit non. J'entends " aïwa ", elle a choisi son poulet, l'homme le prend, le pose sur une planche et chtac... le décapite.
Un marchand de bananes passe à côté de moi, son chargement est tiré par un tout petit âne. Bruits, odeurs, couleurs, le souk est plein de vie, de gens.
Pour rentrer, j'emprunte le bac, moyen de transport rapide qui ré unit pendant les quelques minutes de la traversée des gens de tous horizons.
Le long du canal
La Mer Rouge et la Méditerranée sont reliées par un seul bras d'eau, large d'à peine deux cent mètres : c'est le canal de Suez, il sépare les villes de Port Fouad à l'est, Port-Saïd à l'ouest. Long de cent soixante kilomètres, profond de vingt trois mètres, inauguré en 1869, ce passage est la deuxième source de devises de l'Egypte. Il a rapporté 2,3 milliards de dollars l'année passée.
Il nous a fallu deux jours pour le passer, deux jours à observer les énormes cargos qui nous doublaient.
Venus de partout dans le monde, transportant toutes sortes de marchandises, ces géants de fer sont très impressionnants. Loin devant moi, je crois apercevoir la Mer Rouge, notre prochaine destination...
A suivre...
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