Depuis six mois déjà, Lucille Daunay, jeune adolescente de 15 ans, domiciliée à Merdrignac, est partie vivre une aventure hors du commun, par le biais de l'association « la Baleine Blanche ». Loin de sa famille et de ses amis bretons, elle partage pour neuf mois, avec quatorze autres « baleineaux » , une vie quotidienne « à la Spartiate ». Pour elle, ce voyage est synonyme de ren contres, de découvertes et d'épanouissement. Elle avoue même parfois « être un peu débordée » à cause d'un emploi du temps fourni, ponctué de reportages et d'activités riches et variées. A Noël, elle nous écrivait de Port Saïd en Egypte, où elle arrivait tout juste. Depuis lors, elle n'a cessé de parcourir le pays, de découvrir ses habitants et leur mode de vie. Cette semaine, elle nous fait partager quelques unes de ses aventures égyptiennes...
Depuis mon arrivée en décembre dans la Mer rouge, je n'ai pas cessé de parcourir l'Egypte. D'abord Hurghada, où nous avons fait de la plongée sous ma rine au milieu des bancs de co raux, pendant deux semaines.
Sous l'eau, le décor est fantastique.
Fermez les yeux et imaginez : sur votre dos, une grosse bouteille dont vous ne sentez pas le poids, le détendeur dans la bouche (qui sert à amener l'air de la bouteille jusqu'à vous) ; vous descendez vers les profondeurs (5-10 m, restons raisonnables). Autour de vous, les poissons multicolores, petits et gros, s'écartent un peu sur votre passa ge. Les rayons du soleil traversent l'eau et éclairent une raie à points bleus (un poisson tout plat), posée sur le sable. On entend un léger crépitement, le sable remué par le courant.
Vous vous amusez à des cendre et à vous poser au fond de l'eau. Assis sur le sable, vous re gardez un «mur » de corail vert, jaune, rouge, rosé et blanc. Vous observez une murène, cachée sous les coraux, qui attend la nuit pour chasser et puis les poissons clowns, cachés dans des ané mones. Vous regardez le cadran qui vous indique l'air restant dans votre bouteille... presque vide, vous remontez.
En reportage dans le désert
Puis le Caire où je me suis vite habituée à l'ambiance de la ville : ses bruits, sa vie, ses odeurs et sa folle circulation. Juste le temps de m'installer dans l'apparte ment de l'association, que me voici repartie en reportage dans l'oasis du Fayoum, à l'ouest pour étudier l'irrigation. Quinze jours plus tard quatre d'entre nous ont été reçus dans une famille nubienne à Assouan près du barrage Nasser dans le sud, toujours pour travailler sur le thème de l'eau. Maintenant nous voici à Ksar, dans l'oasis de DAKHLA. Les lieux de reportage sont choisis en fonction de Guides et des conseils de nos amis égyp tiens. Il nous arrive de nous rendre dans des lieux où des équipes de la baleine Blanche se sont déjà rendues et d'être accueillis chez des amis. Mais le plus souvent nous allons dans des sites inconnus, c'est le cas de Ksar. Après douze heures de car du Caire, nous posons nos sacs la nuit tombée dans ce petit village. Autour de nous, quelques lampa daires laissent deviner les sil houettes des maisons et de mon tagnes, au loin. Quelle surprise le lendemain matin : nous découvrons une vieille ville, entourée de maisons neuves, noyées dans la verdure des jardins de dattiers, de bananiers, de manguiers, de palmiers et les champs. À l'horizon, d'immenses montagnes rougissent dans les premières lueurs du matin.
Seule dans la ville
Premier travail de reportage : le repérage des lieux. Cahiers en main, en équipe de deux ou seul, nous parcourons les rues du villa ge, souvent entourés d'enfants réclamant des stylos. Au détour d'une rue pleine de gamins, je suis arrivée dans une rue étroite, sombre comme abandonnée. C'est le début de la vieille ville de Kars. Il y a plusieurs années, le gouvernement l'a classée, les habitants l'ont alors désertée, car ils ne pouvaient plus faire le moindre changement sans en informer les autorités. C'est désormais le terrain privilégié des guides et de leurs touristes. Rues sombres, étroites, fraîches, parfois couvertes, les murs sont en briques de terres, courbés et tor dus. C'est vrai que c'est un endroit qui vaut la peine d'être visité. Seule, je me suis assise sur une marche en terre. En face de moi, une vieille porte en bois, close est un peu enfouie sous le sable, son linteau en bois sculpté d'écriture arabe est magnifique. Je décide d'en garder un souvenir, je sors mon cahier et un crayon. Mais je ne suis pas du tout à l'aise, j'ai l'impression de ne pas être à ma place. Je décide de finir mon travail une prochaine fois et accompagnée ! Le deuxième jour sert à amorcer les rencontres avec les habitants du village, et trouver des pistes pour nos reportages sur l'eau et la vie des femmes. Dans cette ville, nous y avons mis du temps. La fréquence des touristes dans la ville rend les gens moins curieux, il est dur pour nous de ne pas passer pour des Occidentaux seulement intéressés par l'architecture. |
" Haram : c'est péché "
À Ksar, nous nous sommes intéressés aux femmes qui travaillant dans des commerces. C'est comme ça que Marie et Perle ont rencontré Safeya, Ma-rhaoussa, Soraya et Zam-Zam et que j'ai fait la connaissance de Zeinab. Elle tient une épicerie, sur le bord de la grande route de la ville.
Le jour où je l'ai rencontrée, j'étais assez découragée par le début du reportage jusque là peu satisfaisant. Alors pour ne pas rater mon coup, j'avais prévu une approche : j'allais essayer de la dessiner. D'habitude c'est plutôt efficace pour un premier contact. Il est 14h30 et je m'avance vers la boutique, je montre mes feuilles, mon crayon, et je lui demande si je peux la dessiner. Elle refuse, pensant qu'elle n'a pas compris, je répète les mêmes gestes, elle refuse encore mais elle me propose de m'asseoir dans son magasin. En quelques minutes, je comprends pourquoi elle s'inté resse à moi. Sa grande soeur ha bite en Belgique. Elle se pose beaucoup de questions sur la vie qu'elle peut mener. Nous nous asseyons derrière le comptoir, elle sur un rouleau de paille de fer, moi sur une chaise. Avec des dessins et des gestes, elle me de mande s'il est possible en France, , d'être ensemble pour un homme et une femme sans être mariés. Je lui dessine un homme qui donne la main à une femme avec un enfant à côté. Traduction : Oui, c'est possible. Elle paraît choquée : " ena, haram " me dit-elle, ici, c'est péché. Un client arrive, aussitôt, elle ferme mon cahier où l'on peut voir les dessins. Une fois l'homme parti, elle m'explique : on ne parle pas de chose comme ça devant les hommes. " haram ! " C'est péché, encore une fois. La femme qui la remplace à son travail arrive. Zeinab me pro pose de l'accompagner chez elle. Nous nous installons dans la salle de prières, sur le tapis vert pour la prière. Elle ferme la porte pour pouvoir parler plus tranquillement ! Je vois sa sour, puis son frère. J'apprends qu'elle a une grande fratrie mais elle ne veut pas avoir autant d'enfants que sa mère.
Belle sous le voile
Après avoir discuté sur le thème du mariage et des enfants, nous abordons le sujet de la reli gion. Elle ne comprend pas pour quoi je ne suis pas musulmane. Je n'ose pas lui dire que pour l'instant je suis athée, je m'inven te catholique. Aussitôt, elle me demande de lui réciter une prière. Je ne peux pas lui dire que je n'en connais pas. J'en invente une aussitôt : " Merci mon dieu de m'offrir ce repas mais là, vrai ment j'ai pas faim, demain, peut- être "Heureusement, elle ne com prend pas et paraît contente de ma prestation ! À son tour, elle me montre une prière. La décou vrant plutôt bavarde, je décide d'aborder le sujet du voile. C'est avec un petit sourire malicieux qu'elle répond à mes questions. Bien sur, elle porte le voile car elle est musulmane, mais ça ne la dérange pas, au contraire, elle trouve ça très joli. J'ai du mal à la croi re et je ne contrôle pas une petite moue, elle s'en rend compte et me dit : " tu sais, tu serais très belle avec un voile, et je suis sûre que ta mère aussi ". Non, elle ne dit pas ça par obligation, elle le pense vraiment. Le voile qu'elle préfère est celui où l'on ne voit que les yeux. Elle le portera après son mariage. Elle me sort une photo de sa soeur, qui habite en Belgique, en arrière plan, on aperçoit une femme en bikini, dans le flou. Aussitôt, elle me questionne : " Toi aussi, tu en portes en France ? Ton père est d'accord ? ". Elle reste silencieuse quand je lui dis que même en compagnie de garçons nous por tons des bikinis. Quand Marie me rejoint avec l'appareil, Zeinab se crispe. " Sahafeyya, Saha- feyya ! " répète-t-elle, journaliste, journaliste. Elle a peur que nous publions les clichés en France, de même qu'elle change d'attitude lorsque je sors mon cahier, de peur que j'écrive sur elle. Nous lui assurons que les photos serviront juste à les présenter à nos parents nos amis d'Egypte, elle refuse toujours. Une de ses amies arrive et en quelques mots, réussit à la convaincre. La séance photo commence, Zeinab se prend au jeu et se rougit les lèvres avec un bonbon. Maintenant, en écrivant cet article, je me sens un peu mal de lui avoir menti. Je ne suis pas une journa liste mais ses photos sont publiés dans un journal, alors, ça revient au même.
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